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  • : Bienvenue - welcome- dans ma toutouille ménagère et intellectuelle : réflexions, textes, trucs et à astuces, recettes, pour "faire quelque chose de pas grand chose" avec ce que m'a donné le destin, à moi l'écrivain raté! Welcome in my housewife and intellectual mixture of astucious discoveries, stories, texts, recipies that the doggydog writer destiny has made of me wants to share with you! To do something with a wee nothing!
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La quarantaine approchant à grands pas je ne démordais pas de ce projet d'enfant bien que mon psy d'alors n'était pas d'accord m'ayant diagnostiqué schizophrène.
En rencontrant un étudiant sur le tard, j'ai repris espoir car il était d'accord pour avoir un enfant avec moi à condition qu'il puisse poursuivre ses études à 250 km de chez moi.
Il ne me restait plus qu'à commencer à faire des économies pour préparer la venue de notre Linette. C'est ainsi que je suis devenue férue de trucs et astuces et que "Faire quelque chose de pas grand chose" est devenue une devise !

Linette est née et je me suis prise au jeu ! Economique et écologique ! Vive l'ingéniosité !

                                                                                        
 

nouvelles

Dimanche 19 novembre 2006

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Le jeu préféré de madame un - deux - trois était de se promener à vélo.

Ainsi s’amusait-elle à semer la zizanie dans les affaires de son mari.
Madame un –deux - trois s’appelait un – deux - trois car elle avait oublié son nom.
Elle fût capturée à l’âge de vingt ans par les troupes de son mari, dentiste adepte d’une société secrète quelconque. Il était donc normal qu’on lui lavât le cerveau avant de l’épouser.
Une fois la semaine cependant, son naturel indépendant reprenait le dessus la poussant à défier les nombreux êtres motorisés employés par « chai pas qui » ; mais qui, ça, elle en était sûre, étaient chargés de la surveiller.

Elle les reconnaissaient aux signes distinctifs répertoriés au fur et à mesure de son apprentissage : voitures, mots à double sens, couleurs, mines entendues, sourires …. ; et , surtout ,au fait que parfaitement incognito pour le quidam du coin, ils étaient juste un peu « trop là ».
Elle quittait son appartement l’air décidé, ayant une course à faire, ou ayant projeté de lire au soleil, mais croisant leurs mines suspectes, elle ne pouvait s’empêcher de couver quelque chose.
Ça ne la menait jamais bien loin mais ça les inquiétait toujours et elle se vengeait. Car bien qu’elle mena une vie confortable, elle sentait bien que quelque chose manquait : le mari…

Trop délicat pour l’astreindre à grimper dans une voiture ennemie sur un simple signal vers deux ou trois heures du matin le temps d’un coup du soir, il devait être occupé. On avait du l’épouser pour qu’elle distrait les troupes.

Le mariage chez eux c’est secret. Et puis de toute façon , elle ne savait pas si elle était mariée vraiment, elle se réveilla un matin, une bague au doigt.
Il y avait toujours de l’argent sur son compte et elle s’occupait. Pour le reste …La dose de narcotique avait-elle été trop forte ?

 

 

 

 

 

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Par Amalia Harmonie
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Mardi 28 novembre 2006

 

Voici donc une autre de mes nouvelles :

Le syndrome du meuble

 

 

Le soir tombait. C’était l’été. Les nuages obscurcissaient le ciel dans la préparation d’un orage. Sans y prendre garde, je rendais visite à madame Roque. Elle habitait dans ce que nous autres villageois appelions le quartier, le lotissement en fait. Madame Roques me donnait des cours d’anglais et j’allais quelquefois chez elle prendre le thé. Nous bavardions dans la cuisine quand elle me dit : " Venez, il faut que je vous montre mon Ferguson. "

 

Je la suivis dans la salle à manger dominée par une armoire monumentale en bois massif avec d’énormes tiroirs et des motifs bombés. Elle s’approcha de l’armoire, les battants cédèrent et s’ouvrirent sur une étrange alcôve .Elle ne m’en avait jamais parlé. Madame Roques s’y glissa la première veillant à ce que je la suive. Je découvrait un repère de meubles bas, hétéroclites, fignolés, agglutinés les uns aux autres qui formaient un carré au centre de la pièce .Tout était là pour décorer…Et comme elle s’avançait, Madame Roque soulevait une multitude de bibelots déposés sur les meubles pour me les montrer. Je restai polie. Et comme nous déblatérions sur la qualité des objets entrevus, l’endroit s’aérait. Il devenait plus large. Il me semblait que le vent soulevait des tentures inexistantes.

 

Je lui dit : " Oui , oui , celui-ci est très fin, mais dites moi, à quoi cela sert-il ? "

 

-" Bientôt ce seront des antiquités "dit-elle d'un ton péremptoire

 

L’alcôve disparut. Seules deux tentures à pompons délimitaient encore l’espace.

 

-" C’est mon Ferguson . J’aime venir le regarder. " dit Madame Roque

 

Puis, comme le vent soufflait toujours, le Ferguson s’étendit à la maison toute entière, la réduisant à une série de pièces inhabitées fastement pourvues de mobilier "ancien" produit par l’artisanat local en pleine recrudescence. Madame Roque n’était pas née au village, mais elle en avait contracté les pires habitudes comme cette manie d’entasser des meubles encombrants et autres nids à poussière qui coupaient les fonds à sa famille. Pour elle il ne s’était rien passé : c’était la magie du Ferguson.

 

Je la laissai au milieu de son Ferguson et partis dans l’orage.

 

 

 

Par Amalia Harmonie
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Mardi 19 décembre 2006

 

 


 

 

Tante Maria court dans la grange ! Ce midi, je l’ai vue. Elle dit aux autres qu’elle allait fumer une cigarette et sortit. Je la suivis. Quand je la vis, elle courrait vite de long en large sans s’arrêter. Parfois on avait l’impression qu’elle restait un peu suspendue en l’air avec ses jambes bottées qui montaient et descendaient comme des ciseaux. Comme elle faisait du bruit, les vaches la regardaient. Et puis tout à coup, elle s’arrêta, essoufflée devant une vache bien précise. Cette vache était habitée d’une drôle de force : elle avait un drôle de corps, une drôle de tête aussi. On eût dit qu’elle avait du foin autour d’elle alors que je sais pertinemment que dans une caillebotis (enclos pour vache avec une grille derrière où tombent les excréments et du caoutchouc pour dormir), il n’y a pas de foin. Cette vache se démarquait singulièrement de ses compagnes : c’était une hors-la-loi. Elle la regarda méfiante. C’est comme si elle avait voulu libérer la force contenue dans l’animal. Elle avait l’air de craindre ses airs réprobateurs. Alors elle fit une chose. Elle scruta l’animal et l’énerva pour qu’il fume, écume de colère, se détache (il ne faut pas énerver le bétail pendant la journée car il donne moins de lait le soir et les animaux colériques sont dangereux) et soit libre. Mais la vache regarda tranquillement Tante Maria et cligna des yeux.

- Tu es intelligente, toi, dit Maria qui avait l’air étonnée par la faculté de détachement de l’animal, sa supériorité tranquille.

Puis Maria comprit. Elle utilisa ce que la vache lui avait enseigné. Elle passa à la voisine, la regarda et cligna des yeux. La vache cligne ! ça marche !

 Sans le savoir, l’hors-la-loi lui avait enseigné la façon de répandre la paix soit avec vous chez les vaches : il suffisait de cligner des yeux.

Après elle est allée cligner deux ou trois fois chez d’autres vaches et je me suis bien cachée parce qu’elle est rentrée dans la cuisine. Puis je suis rentrée dans la cuisine aussi et j’ai dit que j’étais allé m’aérer. Les autres buvaient encore leur café.

 La prochaine fois que Tante Maria viendra à la ferme je regarderai si elle court encore. Elle a pas le droit d’énerver les vaches comme ça et après tout on ne parle pas aux animaux. Ils comprennent rien de toute façon. Moi je ne parlerais jamais aux vaches. Je m’intéresse plus aux machines.

 

 

Par Amalia Harmonie
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Dimanche 11 février 2007

 


 

 

-Tu sais dans mon pays, dans la ville d'où je viens et     où je vais en vacances, tout le monde se connaît.

-Oui, c’est comme dans mon village, tout le monde se connaît.

-Ah bon ben c’est comme chez moi un peu.

-Oui. Comment tu fais pour bien vivre ici ? Tu n’as pas eu de problèmes tu disais ?

-Il faut s’adapter, apprendre les nouvelles règles, les règles du nouveau pays.

-Oui moi aussi, j’ai du m’adapter à la ville, apprendre ses règles, apprendre que Dieu est mort au cours de philo et je l’ai cru. Tu crois en Dieu ?

-Oui. J’avais une amie avec qui j’aimais discuter. Elle était catholique très pratiquante. Elle fleurissait une église.

-….

-….  

Les champs inspirent Dieu. Les chants aussi.

-Pourquoi crois-tu en Dieu ?  

-C’est dans mon enfance. On m’a dit Dieu est bon, Dieu est grand, et puis on m’a emmené à la mosquée.  

-Moi j’allais à la messe et j’ai lu la Bible. J’ai fait un concours biblique organisé par des protestants.   

-…  

-J’ai demandé au curé si c’était possible. Il a dit oui. Tu as lu le Coran ?  

-Oui je l’ai lu.  

-J’ai inventé un mot.  

-Oh Herade ! dit-elle en riant  

-La déculturation.

-Qu’est ce que c’est ?

-C’est ce que nous avons vécu. Renier sa culture d’origine pour s’adapter à la nouvelle. Oui c’est douloureux mais on a pas le choix. Les nouvelles règles sont juste un peu difficiles à installer.  

-Le mieux c’est de les apprendre et de les juxtaposer aux anciennes et c’est ce que j’ai fait.  

-Pas moi, j’ai trahi, tout renié en bloc. Puis je suis revenu en arrière et je me suis promis de ne plus jamais trahir quel qu’en soit le prix à payer.

-Quand mes parents sont venus ici, ils ont du s’adapter.  

-Les miens sont resté au village. Ils ont évolué mais pour eux rien n’a changé. Maintenant je fais comme toi. Je n’essaye plus de sortir mon passé de moi-même. Je juxtapose ce que mes parents m’ont appris à ce que m’apprend la ville.

- Tu étais un peu destructrice pour toi-même.  

-On apprend.  

-Oui, on apprends.

 

 

 

Par Amalia Harmonie
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Samedi 12 mai 2007

 

 
 
Il était une fois Mirna, la chienne folle de chaleur. Son maître, télévangéliste, lui avait bien installé un ventilateur dans sa niche, mais rien n’y fit, Mirna avait toujours trop chaud. Alors, certains expérimentateurs expérimentés, décidèrent d’en faire un chien de laboratoire. Ils l’installèrent sur la plage arrière d’une voiture et la mirent en connexion avec différentes " planètes ", dirigeant la voiture selon les réactions de Mirna .Mirna était une chienne silencieuse, ce qui arrangeait bien les expérimentateurs. Ils la promenèrent en voiture pour la tester. Elle n’aboyait pas. Mirna méditait plutôt…
 
Il y eût de nombreuses personnes, venues de mondes très différents qui passaient devant la voiture, munies de cadeaux plus précieux les uns que les autres. Mirna ne cillait point : elle était en chaleur, un point c’est tout. Ces gens-là s’en allaient où restaient un peu. Plus tard on apprenait que des catastrophes avaient eu lieu chez eux comme il en arrive de temps en temps dans ce bas monde.
 
Mirna, elle, aurait aimé participer à sa mesure à la construction de l’Europe. Mais que peut faire un chien sinon aboyer ? Celle-ci n’aboyait même pas. Elle partait à la dérive, confiante en son sixième sens qui ne la trompait presque jamais. Elle voyagea cet été-là dans toute la Bretagne. Elle fut invitée au restaurant, assista à un mariage, impassible.
Les gens qui lui présentaient des cadeaux s’amusaient beaucoup, parfois pas trop. Il ne se réjouissaient pas de devoir traiter avec un chien et bien sûr ils se vengeaient par des comportements bas. Avez-vous déjà entendu le rire une personne servile, le rire de quelqu’un dont les manœuvres courtisanes n’ont pas abouties, le rire de tous ces gens si fins et intelligents démasqués par l’innocence d’un chien ? C’est assez laid. C’est un son qui décrit très bien la bassesse humaine. Bien plus encore qu’une bonne engueulade, qu’un coup de poing, c’est un rire qui s’étouffe par lui même, un son que seules des personnes raffinées et orgueilleuses peuvent émettre. Mirna se comportait en reine mais mangeait invariablement la même pâtée, refusait les pâtées luxueuses ou celles destinées à des chiens raffinés. Parfois le soir quand elle regagnait sa niche elle émettait de longues plaintes mais son maître avait un contrat avec les expérimentateurs et ne l’écoutait pas. Mirna rêvait la nuit, d’une grande étendue sans hommes car elle ne croyait plus qu’un maître puisse être bon pour elle. Puis sa période de chaleur passa et les expérimentateurs la laissèrent tranquille. Son maître avait gagné beaucoup d’argent. Mais il lui disait que si elle avait accepté tous ces cadeaux il en aurait gagné plus. Mirna qui n’était pas une chienne des villes n’était pas assez sophistiquée. Il la mit à la SPA.
 
Mirna fut bien traitée à la SPA et reprenait confiance . Elle se remettait à espérer un maître bienveillant. Et c’est là qu’un jour elle fut adoptée par une famille d’agriculteurs Ils la laissait dehors mais ce mode de vie lui plaisait : les enfants, les bêtes. Elle aimait particulièrement la maîtresse de maison qu’elle attendait toujours sur le trottoir quand elle partait faire ses courses à vélo. Un jour comme elle ne pouvait voir où elle était passé elle se coucha sur les bandes blanches au milieu de la route. Là elle voyait mieux. Les voitures étaient obligées de la contourner. Mirna s’échappa deux ou trois fois de la ferme mais revint sur ses pas. Et quelques mois plus tard elle mit bas quatre beaux petits chiots dont elle était très fière. Elle ne put en garder qu’un. Les autres furent donnés à des connaissances.
 
 La chaleur ça ne sert pas à faire de l’argent mais des enfants. C’est comme le sixième sens, comme l’animalité : un don du ciel.
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Mercredi 16 mai 2007
 
 
 
C’est l’histoire de Térésa. Non ! Pas la religieuse. TE-RE-ZA : ma copine. Nous travaillons ensemble, mal souvent, et nous ne faisons rien pour améliorer nos prestations. Ce n’est pas notre faute…
Nous on aimerait faire autre chose, quelque chose de plus intellectuel peut-être…
Non, non, nous ne vendons pas notre corps. Juste notre voix. Nous sommes téléopératrices dans un centre d’appel, condamnées à penser entre les communications : ça fait bip, ça réveille et ça donne des boutons.(Parfois la grippe aussi, allergies, mal au dos et j’en passe …)
Souhaitez-vous que j’imagine son enfance ? Reprenez paragraphe 1.
Souhaitez-vous connaître sa vie sentimentale ? Reprenez paragraphe 2
Si vous souhaitez connaître sa vie sexuelle, aller paragraphe 3
Si vous souhaitez savoir ce qu’elle mange ce soir, aller paragraphe 4
Si vous ne souhaitez rien, vous pouvez arrêter de lire : Merci de ne pas m’adresser de courrier, au revoir, et bonne journée! Votre télénouvelliste interactive.
§1- Elle a eu une enfance heureuse pleine de rires et de cris. Et vous ? Quel est votre problème à vous ? Oui , je vois…Malheureusement , je ne puis rien pour vous. Je n’ai pas la base de données pour .En revanche je peux vous mettre en rapport avec un excellent psychanalyste .Oui ? Son nom ? Je vous mets rapport. Je vous mets en relation….. Pardon ? Ah c’est trop cher …..Vous pouvez prendre l’annuaire et chercher Monsieur Casimir Duchemin, 5 rue des pigeons. Il est préférable d’habiter Strasbourg. Dans le cas contraire les moyens de communication sont assez développés de nos jours. Ça ne devrait pas être trop compliqué ….Merci de votre appel. Au revoir…et bonne journée . Votre télénouvelliste interactive.
§2 - Elle est mariée et a deux enfants. Elle a pris un congé parental. Elle a recommencé ses études puis les a ratées. Puis elle est redevenue téléopératrice car les enfants c’est cher. En aimeriez-vous également ? Avec Tanados sur Internet vous pouvez en abonner, euh adopter. Il s’agit d’un site qui facilite les adoptions aux gens. Mon renseignement est totalement gratuit bien sûr. En revanche la communication téléphonique vous sera facturée. Combien ? Ah…. Attendez je me renseigne….14cts d’euros la minute….Merci de votre appel. Au revoir et bonne journée à vous…..Votre télénouvelliste interactive.
§3- Sa vie sexuelle manque de peps .Si comme elle vous rêver de surfer sur la grande vague, nous avons de très bons sexologues dans notre rubrique " Touche à tout ".Veuillez composer le 933. Merci de votre appel. Au revoir et bonne journée. Votre télénouvelliste interactive.
§4- Elle suit un régime actuellement. Donc elle ne mange qu’une soupe. C’est sa méthode pour perdre du poids : soupe et fromage le soir. Si vous souhaitez en savoir plus , connaître la marque de fabrication de cette soupe par exemple, composer le 933 et demander la rubrique : " Je ne sais pas quoi faire à manger ce soir ". Merci de votre appel. Au revoir et bonne journée. Votre télénouvelliste interactive.
Voici donc la fin de votre nouvelle. Merci de ne pas m’adresser de courrier .Merci de votre …
Pardon ? Vous voulez savoir pourquoi ?
Malheureusement, je ne puis vous répondre. Cette information est confidentielle. Voilà…Merci de votre appel , au revoir, et bonne journée...Votre télénouvelliste interactive.
 
A Téréza : " On va en pause ? "
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Dimanche 1 juillet 2007
 
Il allait bientôt neiger. La bise fouettait les arbres et les joues des passants à la campagne davantage qu’à la ville. Cynthia qui habitait entre les deux avait décidé de laisser sa voiture au garage et de prendre le bus pour se rendre au centre ville. La nuit tombait et les illuminations de Noël scintillaient sous la pollution. Elle marcha jusqu’à l’arrêt et attendit le bus. Elle était fatiguée. Sa fille qu’elle élevait seule lui causait du souci. Son travail ne l’enchantait guère. Pourtant, ce matin, les tarots avaient prédit une bonne journée. Si c’était ça une bonne journée ! Répondre d’une voix posée à ces clients exaspérés, répéter soixante fois dans l’heure la même formule de politesse pour se voir accueillir le soir par un " Ta fille a été horrible aujourd’hui ! Sais-tu ce qu’elle est encore allée inventer ?…. " Elle avait décidé de se changer les idées et d’aller flâner en ville.
 
Son travail de téléopératrice malgré ses désavantages lui permettait de s’enrichir au contact de collègues qu’elle rencontrait quand leurs plannings coïncidaient. Certains travaillaient de nuit et elle ne les croisait que quelques heures en soirée. Elle travaillait le dimanche qui était un jour plaisant où il y avait moins de circulation et où le trafic téléphonique moins dense permettait une lecture plus sereine des ouvrages qu’ils s’échangeaient. Justement hier, elle avait emprunté une bande dessinée à une collègue. La BD racontait l’histoire d’un jeune garçon qui avait cessé de grandir par peur que sa mère ne l’aime plus et le maudisse. En effet pour une raison mystérieuse elle haïssait tous les hommes pubères et avait plongé dans l’alcool ce qui finissait de la détruire. Malgré ce subterfuge réussi, sa mère le maltraitait.
 
Cynthia ne pensait plus à cette histoire, elle attendait, quand elle entendit un bruit sourd derrière elle sur la chaussée, un bruit qui se rapprochait.
 
Toc, toc, toc….
 
Comme elle était un peu craintive elle paniqua. Les pas se rapprochaient et elle n’osait regarder en arrière. Toc, toc, toc…Elle se maudissait d’avoir voulu prendre le bus.
Quand il fut arrivé à sa hauteur, l’homme s’arrêta. Elle posa les yeux sur lui et se rendit compte qu’il était aveugle.
- Bonjour…., fit-elle.

- Bonjour…Madame ? Mademoiselle ? fit l’homme d’une voix aimable.

- Madame, fit-elle bien qu’elle ne soit pas mariée

- Je pense que le bus va bientôt arriver

-Oui

Mais le bus n’arrivait pas.

— Comment faites-vous ?

— Vous savez Madame je ne suis pas seulement aveugle. J’ai d’autres handicaps.
— ….
— Oui, étant enfant j’étais dépourvu d’hormones de croissances et ce n’est qu’au prix de nombreux traitements que j’ai pu atteindre ma taille actuelle.
— Cela n’a pas du être simple.
— J’ai passé beaucoup de temps dans les hôpitaux. Ma mère me maltraitait. Elle m’a bien malmené.
— Ah
— Mais maintenant je me rattrape. Je fabrique les balais deux fois plus vite que mes collègues et je me lance des défis continuellement.
— Quels genre de défis ?
— Je gagne des concours de calcul mental organisés par des gens aux Etats-Unis.
— Je vous trouve extrêmement courageux Monsieur.
— Merci. Mais vous savez ce que je fais, tout le monde peut le faire.
— Je ne sais pas.
— Mais si, mais si.
 
Le bus arriva. Il entra non sans mal et elle s’assit à côté de lui.
 
- Vous voyez je me repère grâce aux mouvements du bus, des passagers. Je compte les tournants que prend le bus, les arrêts, je fais attention aux accélérations et ainsi je peux être autonome, me débrouiller tout seul.
Il marqua un temps d’arrêt, puis :
 
- Tous ces défis me permettent de dépasser ma souffrance.
- Oui.
 
Après quelques minutes de silence :
 
— Je dois vous laisser, c’est mon arrêt.
— Enchanté d’avoir fait votre connaissance Madame.
— Moi également. Au revoir.
— Au revoir.
 
Cynthia avait toujours porté un intérêt respectueux aux gens  différents. Elle repensait à la BD qu’elle avait lu, la veille. Quelle étrange coïncidence ! En l’espace de quelques minutes, le merveilleux habillait sa vie. Cet homme ressemblait étrangement au personnage de la Bd mais en vrai et elle l’avait rencontré par hasard. Pour Cynthia, fatiguée, cette coïncidence c’était bien. Elle y voyait un message, en tirait une leçon. Persévérer… Cet homme était admirable. Elle se dit " Quelle leçon ! Serait-il possible que d’une souffrance décuplée puisse sortir une énergie et une beauté décuplée ? " Elle avait l’impression que c’est ce à quoi s’employait cet homme.
Elle alla faire un peu de shopping pensive. La journée n’avait décidément pas été si mauvaise.
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Mercredi 22 août 2007
L’homme de ménage
 
" Je suis irremplaçable. Elle n’en trouvera pas d’autre comme moi. "
C’est ce que disait Maxime, souvent, en parlant de sa patronne.
Il n’avait pas lu Kundera. Il n’avait pas conscience que quelque chose d’infime, pour paraphraser misérablement cet auteur et ne pas payer de droits, nous distingue des autres, que l’unicité de l’être est une quasi illusion.
Chaque matin, ou les matins où il consentait à aller travailler, Maxime vaquait à ses occupations d’homme à tout faire chez une femme d’origine  aristocratique, riche et un peu décrépie d’un quartier chic de Strasbourg.
Chaque matin, il y allait en mobylette, servait son petit-déjeuner, l’aidait à trier les publicités et stylos qu’elle archivait en souvenir de la seconde guerre mondiale, faisait les courses, préparait à déjeuner, faisait la vaisselle, réparait meubles et objets divers, lui rappelait ses rendez-vous chez le coiffeur et obéissait à ses ordres en marmonnant dans sa barbe.
Elle laissait péter ses chiens, rangeait leurs gamelles dans le lave-vaisselle par un anthropomorphisme courant chez les personnes âgées, prenait la pose pour regarder les Feux de l’amour, téléphonait, recevait et se plaignait avec lassitude. Au début c’est elle qui préparait les repas. Elle était heureuse de ne plus être seule mais bientôt, l’habitude d’avoir Maxime à sa disposition lui voilait l’agrément de sa compagnie. Elle devenait " chiante " comme il disait ; et il n’y allait plus pendant quelques jours bien que ses revenus en pâtissassent. Mais il s’en foutait car il aimait la liberté et connaissait sa valeur .
Quand il rentrait, il jouait à l’ordinateur et n’avait ni l’envie, ni assez de foi en lui-même, pour préparer un diplôme ou rechercher un travail plus stable. Sophie, sa compagne, se refusait à lui et couchait ses angoisses sur du papier. Elle me racontait qu’elle voyait des chandelles dans le couloir de temps en temps.
Il était macho, Maxime, mais c’était une façon de supporter Sophie, qui elle, avait fait des études. Elle travaillait comme vendeuse à mi-temps. Sophie était instable et comme Maxime ne lui parlait pas, ne lui faisait pas partager ses prouesses informatiques - la console ça isole -, elle finit par téléphoner à SOS Amitiés. La personne au bout du fil lui conseilla de le quitter pendant un temps, histoire de faire le point. Elle y réfléchit, m’en parla, n’en fit rien.
Je ne sais pas ce qui s’est passé. Elle ne parlait pas quand ça n’allait pas. Moi je la voyais à la piscine, où entre deux conversations, nous nagions un peu. Nous avions également de longs entretiens au téléphone qui s’apparentaient à un monologue que j’écoutais patiemment.
Un jour, elle me rapporta qu’elle avait demandé à Maxime si elle était belle. Oui, elle avait un beau cul qu’il lui répondit. Assez grande, bien faite, mince, elle gardait le visage enfantin des madones de Botticelli mais les tranquillisants et la violence de ses troubles collaient à son expression un air hagard. De toutes les manières, je savais qu’elle était plus belle que moi.
Arriva un épisode où Sophie se sentit tellement délaissée qu’elle se disait amoureuse du frère de Maxime, Guillaume, brillant étudiant en informatique. Maxime était l’aîné d’une nombreuse fratrie couvée  par d’anciens hippies à qui ils avaient transmis le respect d’eux-mêmes mais pas de la société ce qui avait fait réussir ceux d’entre eux qui étaient passionnés par ce qu’ils faisaient. Nous étions invités à l’anniversaire de Guillaume dans une bâtisse au milieu de la forêt. Guillaume était saoul et se cognait conte les murs, les chaises. Il appelait ça s’amuser. Nous étions tous dehors car Guillaume allait accomplir sa prouesse habituelle qui consistait à courir nu dans la forêt et à abattre un arbre. Il était couché par terre entrain d’enlever son pantalon mais quand il me vit il n’en fit rien. Il remonta le pantalon qu’il avait descendu. Je voulais prendre ma voiture pour rentrer chez moi car je travaillais le lendemain et j’attendais Sophie qui voulait venir avec moi. Elle parlait à Guillaume. Puis elle vint me voir dans la voiture.
— Je lui ai dit que je l’aimais, dit-elle au bord des larmes d’une voix de petite fille en souffrance.
— Et qu’est ce qu’il a dit ?
— Qu’il ne pouvait faire cela à son frère. Et après il m’a dit qu’il voulait sortir avec toi.
— Ah…
Mais Guillaume avait déjà grimpé sur le toit de ma voiture. Je fis une marche arrière rapide et j’entendis " Elle est folle ! " venir des gens près de la bâtisse. J’allais partir. Mais Maxime voulut parler à Sophie. Elle sortit et me dit que je pouvais y aller. Guillaume était toujours sur mon toit. Le chemin pour rejoindre la route était tout cabossé et je craignais pour Guillaume mais comme il ne voulait pas descendre de mon toit je pris le chemin du retour. Alors je roulais lentement et lui demandais si ça allait depuis la vitre abaissée. Les autres étaient restés en haut. Il disait que ça allait. Il faisait nuit. Mes phares éclairaient la route tant bien que mal. Nous passions devant un calvaire. Souvent je sentais que son corps se soulevait et retombait quand la roue entrait dans une ornière mais il tint bon jusqu’à la route. Là il descendit du toit. J’ouvris la fenêtre et il m’embrassa. Je lui ouvris la voiture. Cette cour héroïque m’avait plus. Mais dans la nuit arrivaient des bouts de lumière. C’étaient les autres descendus pour le chercher. Je pris congé de lui et partis en voiture. Arrivé à l’entrée de l’autoroute j’entendis crier et je vis Guillaume dévaler de la pente du bord du péage. Il m’embrassa. Il me demandait de rester. Mais je travaillais le lendemain et préférais dormir un peu. Quand je revis Maxime et Sophie ils me dirent que Guillaume regrettait d’avoir abîmé le toit de ma voiture, qu’il était saoul. Maxime ne voulait pas qu’il abuse de la meilleure amie de Sophie. Je trouvais ça très dommage.
La dernière fois que je vis Maxime et Sophie, c’était à Nouvel An, le soir du 31.12.1999. Nous buvions de la bière de la fin du monde, ce n’était même pas la fin du millénaire. Il me faisait rire en me décrivant ses conditions de travail…Comme j’écoutais beaucoup mon amie car elle avait cessé de voir son thérapeute et avait besoin de parler, Maxime me proposa de dormir avec Sophie :
— Vous pouvez dormir ensemble si vous voulez.
— ……
Je préférais ne rien dire devant sa mine tendancieuse.
— ……
— Bon, ben j’y vais, salut tout le monde.
— On s’appelle ? dit Sophie
— Oui, on s’appelle.
On ne s’appela jamais. Tout ce que je sais fut qu’elle disparut. Un soir, après le travail, il rentra et attendit. Elle ne rentra pas ce soir là, ni les autres soirs. Les recherches menées par son entourages, puis par la police furent inutiles. Elle faisait partie des quelques vingt mille personnes qui disparaissent chaque année en France. D’où la célèbre émission…
Quand à Maxime, il continue à travailler pour Madame R. Il essaye d’oublier Sophie. Il ne dit plus qu’il est irremplaçable. Nous nous sommes un peu téléphoné mais maintenant je n’ai plus de nouvelles.
 
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Par Amalia Harmonie
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Samedi 29 décembre 2007


 


 


 


 


 


 

Séraphine et sa tante sont dans la cuisine. Elle lui a préparé un café soluble, remontant familial. La tante essaye de renouer le dialogue. En bonne pédagogue, elle esquive, tempère, tente de comprendre ce qui s’est passé dans la tête de cette enfant jadis si sage qu’elle a contribué à élever.

 


 


 

Séraphine a tenté de réussir un examen crucial, en suivant des voitures qui laissaient leur clignotant toujours allumé, en tentant de faire l’agent secret auprès de la mafia et de la franc-maçonnerie qui sont liées. Elles étaient censées l’aider au début mais elles avaient fini par la harceler. Elle leur résistait grâce à une voix de jeune homme un peu fou qui lui disait toujours la même chose et qui parfois poussait des « grrr ».

Elle était étudiante et avait habité un appartement en ville. Elle déménagea après avoir été envoyée chez un psychiatre et avoir réintégré le giron familial.

 

Elle  monte dans sa chambre. Elle s’assoit devant son miroir et réfléchit. Sa tante était trop stricte. Elle n’a rien compris. Personne ne voyait ce qui se passait en elle quand elle était petite. Cette bombe qui a éclaté (Clac fait l’armoire) c’était ça et maintenant tant pis pour eux !

 

Elle continue son monologue : Paul, si seulement je pouvais te dire, (Clac fait la chaise) tu étais l’homme de ma vie ! Ce soir en achetant des cigarettes…Et à ce moment, le radiateur fait un grand Pfizz ! J’ai vu ton nom sur un papier par terre.

Elle n’a jamais entendu ce bruit. Si fort ! Comment ses meubles et maintenant le radiateur peuvent-ils toujours faire du bruit au bon moment ? C’est eux ; la coïncidence est trop exceptionnelle.

 

Entourée de personnes de sa famille, d’amis, Séraphine s’enferme chaque soir dans sa chambre pour dialoguer avec ses meubles. Ce n’est pas triste. C’est plutôt gai. Ces meubles sont le fruit d’une longue recherche littéraire pour s’adapter à la société. Il suffit de les écouter pour qu’ils vous répondent. Mais il ne faut pas leur demander de preuves ; c’est à dire leur demander s’ils sont Dieu, des martiens comme dans X-Files ou des meubles vivants. Ils ne répondent pas à ce genre de questions trop directes. Elle il lui semble que c’est la mafia associée aux martiens qui lui font signe, mais bon….

 

Dans ce monde inhabité les objets mènent une danse solitaire. Séraphine l’a découvert lors d’une crise hallucinatoire après des échecs successifs. Ils sont le succédané, l’accompagnement de ce qui l’a aidé. Et les meubles claquent tous les soirs régulièrement quand elle les écoute. Une petite psychothérapie à domicile et vingt-quatre heures sur vingt-quatre.

 

Qui n’a pas de voix mourra, songea-t-elle.

 

Sa tante lui  a dit qu’elle aussi avait une voix.

 


 


 

Mais la nièce ne comprend pas. Si tout le monde a une voix, ben alors, tout le monde est sauvé.

 

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Par Amalia Harmonie
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Dimanche 3 février 2008

 

Méfiez-vous des coiffeurs ! trois coups de ciseaux et une simple jeune femme intègre et sans histoires est transformée en bombe à retardement. Toute l’animalité cachée par ses cheveux est vue au grand jour. Bonjour les dégâts.

 

Elle avait les cheveux longs légèrement ondulés et très épais. Elle ne les attachait jamais et avait l’air d’une femme de cromagnon. Les couleurs, elle les faisait chez sa mère. Ses cheveux blancs étaient apparus très tôt. C’était de famille. Un des rares coiffeurs chez qui elle s’était rendue avait eu l’idée de lui faire une teinture un peu rouge qui relevait sa peau blanche jonchée de tâches de rousseur. Le coiffeur avait disparu dans la nature suite à un redressement judiciaire et depuis, elle allait se faire couper les cheveux une fois l’an. Parfois sa mère les lui raccourcissait un peu avant de lui faire la couleur. C’était moins cher ainsi. Et de toute façon elle aimait les cheveux longs, naturels. Pourquoi donc sophistiquer, éliminer ce que la nature avait donné de mieux ? Le problème c’est que son entourage n’était pas du même avis. « Pourquoi ne se ferait-elle pas une coupe ? Une belle coupe…. Va te faire plaisir chez le coiffeur….nenenenene ! A part son mari tout le monde voulait toujours la faire aller chez le coiffeur.

 

Et une fois encore, elle s’était laissée persuader de se faire faire une coupe. Une amie lui avait parlée d’un certain Larbi qui tenait échoppe près de chez elle. Elle s’était décidé à prendre rendez-vous et avait composé le numéro. Au bout du fil, une femme d’une amabilité feinte l’avait obligée force salamalecs à venir en nocturne car le carnet de rendez-vous de Larbi était complet. Elle avait accepté pour ne pas trop repousser l’épreuve. «  Autant en finir au plus vite ».

 

Le jour du rendez-vous, avant de partir, elle se regarda une dernière fois dans le miroir, boutonna son manteau, descendit au parking, prit sa super cinq et se mit à chercher le salon de Larbi. Elle longeait la rue principale du faubourg à vitesse moyenne et aperçut une petite boutique modeste avec un néon rose qui épelait LARBI and Co. Elle manqua de rater le feu rouge et décida de tourner à droite pour se garer. Elle regarda sa montre : dix neuf heures cinquante cinq. Elle avait le temps de fumer une cigarette.

Elle se demandait toujours si les gens ne la confondaient pas avec une prostituée quand elle fumait ainsi la portière ouverte, une jambe dehors comme pour inviter le chaland à monter. Elle fumait lentement, inhalant chaque bouffée de poison comme si sa vie en dépendait. Quand elle eut finit, elle prit son sac et marcha vers l’enseigne. Elle entra. C’était petit.

Une jeune femme mince aux cheveux court et colorés était affairée à encaisser un client sur sa droite. Une autre « bimbo » travaillait à colorer les cheveux d’une vieille dame. Ça avait l’air ringard sauf pour quelques photos de filles dont elle n’aimait pas les coupes.

Quoi de plus naturel que les cheveux longs ? Quoi de plus beau ?

Elle vit une homme d’une taille moyenne, très mince, qui coiffait une jeune femme en plaisantant. Ce devait être Larbi. Il lui dit un grand bonjour et elle répondit poliment. La « bimbo » s’occupa de sa veste, la fit patienter sur un canapé de cuir gris. Elle détestait attendre. Elle détestait les coiffeurs. Sa mère lui avait fait couper les cheveux très courts à quatre ans pour les renforcer et tout le monde avait pensé qu’elle était un garçon. A l’adolescence sa mère l’avait obligée à garder les cheveux courts pour qu’elle soit comme elle. D’ailleurs les coiffeurs avaient toujours tendance à dégrader ses cheveux épais et elle se souvenait de ses crises quand ils lui avaient tout coupé. Tout le monde la trouvait toujours très bien mais elle, elle savait que ces cheveux mettraient très très longtemps à repousser. Elle tâtait son crâne et il n’y avait plus cette masse riche, bouclée, parfumée qui faisait sa féminité.

 

La « bimbo » l’invita à passer au shampoing. Elle devait avoir un grade plus haut que l’autre « bimbo » dans la hiérarchie du salon de coiffure. Elle avait l’air plus âgée. Sybille décida de ne plus l’appeler « bimbo » mais « assistante » dans sa tête. L’  «assistante » de Larbi lui lavait les cheveux en lui demandant toute les deux minutes si la température convenait, puis elle lui proposa un soin pour cheveux secs de sa voix suave et décolorée. Sybille pensa : de quoi augmenter la note. Mais elle accepta. La fille massait doucement son cuir chevelu et elle tentait de se détendre. Puis elle arrêta de masser et annonça que le soin devait poser dix minutes. Larbi qui avait fini de s’occuper de sa cliente vint la rejoindre derrière la tête au repos de Sybille et se mit à lui parler bas de sorte que Sybille n’entende pas. La fille disait « D’accord, ok ». Sybille se demandait de quoi ils pouvaient bien parler. Etait-ce possible que ce soit de son cheveu ? Le soin posa dix minutes puis vint le rinçage et la fille refit des simagrées en demandant tous les deux minutes si la température de l’eau convenait. Sybille était morte de peur.

 

Enfin Larbi vint la chercher pour la coupe de sa démarche de félin Elle le trouvait un brin efféminé avec sa teinture gris perle et ses cheveux dégradés. Elle s’assit et Larbi parla. Il lui parla de sa maison de coiffure. Il lui parla du prix de l’appareil qu’elle avait au dessus de la tête qui coûtait autant qu’une twingo et de ses parents qui étaient coiffeurs et de son chien qu’il avait acheté dans un élevage car il était de la race des quelque chose se finissant par anglais. Pendant qu’il parlait, il examinait son visage et ses cheveux mouillés. Il s’arrêta et demanda « Alors qu’est-ce qu’on fait ? »

Sybille avait pensé maintes et maintes fois à sa coupe. Elle avait cherché dans les revues et les images à la maison sans que rien d’autre que les cheveux longs puisse lui plaire.

— J’aimerais la même coupe que Cyndy Crawford, dit-elle en inventant un peu

— Laquelle ? dit Larbi en la regardant dans le miroir l’air intéressé.

Sybille n’avait jamais pensé que Cyndy Crawford puisse avoir plusieurs coupes et se tut.

— Et si tu me faisais confiance ? dit encore Larbi

— Bon d’accord je te laisse faire, dit enfin Sybille.

— Voyons voir….Tu as un visage triangulaire voir rond et donc je te propose cette longueur, dit-il en prenant une mèche entre ses doigts et en la pinçant au niveau de l’épaule.

— Et puis tu as le cheveux épais et on va devoir dégrader…..

— Ah non !

 

 

 

— Bon d’accord.

Larbi se mit à couper en continuant de lui parler de sa vie. Comment il avait vu son père couper les cheveux et comment il avait voulu devenir cuisinier et puis comment il n’avait pas supporté les cuisines et s’était reconverti dans la coiffure, comment il avait fait pour survivre aussi longtemps dans ce quartier et comment….

Sybille les cheveux mouillés ne pouvait faire autrement que de se regarder dans la glace. Elle se trouvait affreuse. Le visage bouffi, ridé, une tête énorme et triste où les défauts étaient bien plus proéminents que chez elle.  Elle voyait ses cheveux s’amonceler par terre tandis que Larbi coupait et elle se sentait de plus en plus mal. Ça allait encore être pareil. Pourquoi s’était-elle laissée persuader de venir? Ces coiffeurs ne voulaient qu’une chose : dégrader ! A cet instant son attention fut attirée par une petite pochette que Larbi et son assistante arboraient sur le coté droit de la hanche. Ils en tiraient ciseaux et autres ustensiles à couper, à dégrader. Elle fut intéressé mais se ressaisit : « Qu’est ce qu’ils étaient maniérés avec leurs coupes et leurs pochettes. Tout ça pour des cheveux ! »

 

Enfin les cheveux furent coupés et Larbi chercha le sèche cheveux pour faire le brushing. Ça avait toujours été très long le brushing pour Sybille vu la masse de ses cheveux. Il commença par lui mettre une bonne douzaine de pincettes multicolores dans les cheveux, séparant les mèches et les enroulant avant de les fixer. Puis il se saisit du sèche-cheveux et la bataille commença. Il se mit à enrouler une mèche autour d’une brosse ronde sur laquelle il passa le sèche cheveux, puis une autre posant la pincette sur la table en face de Sybille. Il enroulait puis tirait, tirait. « Plutôt physique comme métier » pensa-t-elle. Sybille regardait son visage qui recommençait à avoir l’air de quelque chose. Mais quand le brushing fut presque terminé et qu’elle se résignait enfin à être plus moche qu’avant elle jeta un regard à la glace et eut soudain une inquiétude. Le visage qui la regardait se mettait à ressembler de plus en plus à….Monica Levinski. Elle imaginait le cigare et Bill Clinton. Elle n’aurait jamais du venir chez ce coiffeur.  Tout le monde se ficherait d’elle. Elle le dit à Larbi qui fit une moue mais ne répondit rien.

Quand le brushing fut enfin terminé, Larbi lui proposa de mettre un peu de cire sur ses cheveux pour atténuer le volume.

 

 

 

Elle accepta qu’il mette de la cire sur ses cheveux en espérant qu’elle ne serait pas facturée. Elle essayait d’être tout à fait décontractée. Enfin Larbi lui présenta le miroir pour qu’elle puisse admirer le travail qu’il avait fait à l’arrière. Sybille avait de la sympathie pour ce Larbi finalement et elle lui fit le plus beau compliment qu’elle put trouver :

 

 

 

 

Larbi lui chercha son manteau et il encaissa en lui proposant la carte de fidélité. Elle présenta sa carte bleue et ne regarda pas le prix. Elle verrait ça plus tard, dehors. Larbi lui tint la porte et lui dit « à bientôt » tout comme ses assistantes.

 

 Enfin elle était dehors. Elle regarda l’effet que faisait sa coupe sur les passants. Plusieurs la regardèrent. Elle fut surprise. En marchant vers sa voiture, elle essayait de se regarder dans la vitrine du coiffeur concurrent dans la rue de Larbi. Mais elle ne voyait pas bien. Pourtant, elle se sentait changée, domestiquée. Elle tourna la clef dans la portière de sa voiture, s’assit et baissa le pare-soleil pour se regarder dans le petit miroir. Elle ne voyait toujours pas très bien. Mais elle se sentit belle, différente. Elle regarda la note : 75 euros ! Pourtant Larbi lui avait dit qu’il n’avait pas augmenté ses prix depuis deux ans. Et puis flûte ! se dit-elle. Elle conduisit sa super cinq comme une diva qui se rend à l’opéra. Elle ne voulait pas trop faire l’allumeuse mais regardait discrètement l’effet qu’elle faisait. C’était mieux que d’habitude.

 

Enfin elle fut chez elle. Les enfants étaient en vacances chez sa mère. Elle passa dix minutes devant le miroir à s’examiner. C’était court. Elle n’avait pas l’air de la jeune femme de ses rêves, ni d’une femme de cromagnon. Il faudrait qu’elle s’habitue. Tout à son examen elle décida d’enfiler les nouveaux habits que lui avait acheté sa mère et se regarda encore. Ah oui. Ça faisait cadre supérieure. Elle décida de sortir ainsi attifée.

 

Habillée et coiffée, avec l’air de la diva en mission  sur son visage, elle n’était plus la même femme. Dans le tram elle fit sensation. En ville elle s’assit sur un banc car elle était en avance et elle se fit aborder par trois hommes en un quart d’heures. Du menu fretin certes mais quand même cela ne lui arrivait jamais avant.

Sybille se sentait bien finalement avec sa coupe et elle se dirigea vers le bar.

 

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Par Amalia Harmonie
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