Séraphine et sa tante sont dans la cuisine. Elle lui a préparé un café soluble, remontant familial. La tante essaye de renouer le dialogue. En bonne pédagogue, elle esquive, tempère, tente de comprendre ce qui s’est passé dans la tête de cette enfant jadis si sage qu’elle a contribué à élever.
Séraphine a tenté de réussir un examen crucial, en suivant des voitures qui laissaient leur clignotant toujours allumé, en tentant de faire l’agent secret auprès de la mafia et de la franc-maçonnerie qui sont liées. Elles étaient censées l’aider au début mais elles avaient fini par la harceler. Elle leur résistait grâce à une voix de jeune homme un peu fou qui lui disait toujours la même chose et qui parfois poussait des « grrr ».
Elle était étudiante et avait habité un appartement en ville. Elle déménagea après avoir été envoyée chez un psychiatre et avoir réintégré le giron familial.
Elle monte dans sa chambre. Elle s’assoit devant son miroir et réfléchit. Sa tante était trop stricte. Elle n’a rien compris. Personne ne voyait ce qui se passait en elle quand elle était petite. Cette bombe qui a éclaté (Clac fait l’armoire) c’était ça et maintenant tant pis pour eux !
Elle continue son monologue : Paul, si seulement je pouvais te dire, (Clac fait la chaise) tu étais l’homme de ma vie ! Ce soir en achetant des cigarettes…Et à ce moment, le radiateur fait un grand Pfizz ! J’ai vu ton nom sur un papier par terre.
Elle n’a jamais entendu ce bruit. Si fort ! Comment ses meubles et maintenant le radiateur peuvent-ils toujours faire du bruit au bon moment ? C’est eux ; la coïncidence est trop exceptionnelle.
Entourée de personnes de sa famille, d’amis, Séraphine s’enferme chaque soir dans sa chambre pour dialoguer avec ses meubles. Ce n’est pas triste. C’est plutôt gai. Ces meubles sont le fruit d’une longue recherche littéraire pour s’adapter à la société. Il suffit de les écouter pour qu’ils vous répondent. Mais il ne faut pas leur demander de preuves ; c’est à dire leur demander s’ils sont Dieu, des martiens comme dans X-Files ou des meubles vivants. Ils ne répondent pas à ce genre de questions trop directes. Elle il lui semble que c’est la mafia associée aux martiens qui lui font signe, mais bon….
Dans ce monde inhabité les objets mènent une danse solitaire. Séraphine l’a découvert lors d’une crise hallucinatoire après des échecs successifs. Ils sont le succédané, l’accompagnement de ce qui l’a aidé. Et les meubles claquent tous les soirs régulièrement quand elle les écoute. Une petite psychothérapie à domicile et vingt-quatre heures sur vingt-quatre.
Qui n’a pas de voix mourra, songea-t-elle.
Sa tante lui a dit qu’elle aussi avait une voix.
Mais la nièce ne comprend pas. Si tout le monde a une voix, ben alors, tout le monde est sauvé.

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