J'avais enlevé cet article de mon blog car j'avais peur des poursuites vu que le fonctionnaire a devoir de discrétion. Je l'enlèverait à
nouveau si besoin.
Récemment je discutais avec une collègue, qui a pris ses fonctions il y a un an. C’est une personne intègre, devant son poste à ses efforts et à
son travail. Elle est rentrée dans le bureau, s’est assise sur le fauteuil en face du mien et a dit. " Ce sont des putes ! " en parlant des enseignants de l’école. J’ai
répondu : " Mais oui, ils mangent à tous les râteliers et sont prêts à tous pour obtenir des avantages. ". " Et le pire m’a-t-elle répondu, c’est quand les gens de
l’administration deviennent comme eux. Alors j’ai dit " C’est le virus. Vous ne l’avez pas encore attrapé le virus ? "
Quand vous allez travailler dans une école d’art vous êtes enchantée car vous allez côtoyer des artistes, ces êtres purs, désintéressés, qui
défendent la veuve et l’orphelin, les causes justes, exemples d’humanité contre la bêtise ambiante. Ils vivent dans la misère pour l’amour de l’art, pour une société de demain plus juste, plus
généreuse, plus avancée. Humainement ils sont meilleurs que la moyenne des gens, inspirés, éclairés, ils font bouger les choses. Désintéressés, ils travaillent pour l’amour de l’art, de la
beauté, des nobles causes. Ils sont intéressants, naïfs, attachants. Ils ont le cœur pur, sont humains, généreux. En bref ce sont les meilleurs.
Telle était ma vision de l’artiste et de l’art avant d’aller travailler dans une école d'art, bâtie sur l’imagerie populaire héritée des Van
Gog, Matisse, Monet et autres impressionnistes de génie du début du 20 e siècle.
Mais les choses changent. Les artistes c’est plus ce que c’était. J’ai découvert des gens qui veulent bien vous expliquer des choses au détour
d’un couloir mais qui n’ont qu’une chose en tête : eux. Leur argent, leur carrière, leur santé . C’est le monde de l’esbroufe, du chantage, des trames de cour autour du directeur, des
soutirages d’argent et de moyens à la municipalité, des menaces, avec le vernis de l’art, des relations, des beaux discours, des angoisses, des pétages de plombs récurrents. Ils passent des
heures à débattre de belles idées nobles mais craignent d’attraper un champignon aux pieds si vous marcher pied nu. Ils vous enverrai quinze jours au lit, ou deux mois avec une dépression pour un
remboursement de dix euros de frais de transport car ça ne peut pas attendre.
Et en plus en les côtoyant on se dit : mais je suis bête moi de tellement m’embêter et faire d’effort pour eux. Pourquoi le ferai-je ?
Par amour de l’art ? Et vous devenez comme eux. Ça y est vous avez attrapé le virus, celui qui se balade dans toutes les écoles d’art : en récolter le plus possible en évitant de se
mouiller. Au début vous avez des valeurs comme le travail, la compétence professionnelle, rendre service mais vous vous faites bouffer. Alors vous pensez stratégie, vous avez une calculette dans
la tête, vous connaissez par cœur votre fiche de poste et ne faites rien ou presque qui ne soit écrit dessus. A la moindre demande, vous évaluez : " Est-ce à moi de faire
ça ? ". Vous vous frittez avec les collègues, vous argumentez, palabrez, discutez, évaluez. Vous perdez beaucoup de temps ainsi mais au moins on ne vous refile pas tout le boulot tout
le temps et vous vous ménagez un peu. Ainsi vous êtes respectée.
Et après y a encore un truc mieux qui se passe. C’est que vous arrivez à faire des théories sur ce qu’est une école d’art. Vous vous rendez
compte que le degré de complexité que vous gérez au quotidien dans les dossiers( car arriver à faire rentrer les désirs des enseignants et étudiants dans le cadre administratif c’est pas simple)
atteint son summum dans une école d’art. D’après ma chef travailler avec des techniciens c’est le premier degré de complexité, travailler dans un domaine culturel vous élève à un degré de
complexité supérieur ( genre un conseil général qui construit des bâtiments culturels et organise des expos) mais l’école d’art c’est le summum car en plus du domaine culturel c’est une école (
là vous bossez dans le milieu culturel et en plus de cela vous avez le milieu enseignant avec des enseignants qui sont des artistes et font cela pour bouffer, des étudiants issus de milieux
intellectuels ou très aisés (en y a aucun des cités cela va sans dire))
En revanche une chose de bien dans cette école c’est qu’on apprend plein de choses et qu’on a vraiment pas le temps de s’ennuyer ou de végéter
sur un poste : ça bouge tout le temps (en quatre ans j’ai travaillé avec deux directeurs et trois administratrices qui sont les deux chefs avec qui je travaille)
Mais c’est quand j’aurai changé de poste que je pourrais dire si c’était tellement l’horreur car cette école contrairement à ce qu’on pourrait
penser en me lisant, j’y suis très attachée. C’est un bordel organisé (même quand vous essayez de travailler de façon ordonnée le bordel ressurgit) et j’aime ce côté bohême. Il y a de sacrés
personnages dans cette école et je pense qu’ailleurs le travail serait plus banal, plus routinier et manquerait de ce sel, de cette créativité que je connais même dans le travail
administratif.
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